Interview Stéphanie et Laurent Queffelec

Chers aquaponistes,

Parmi les bonnes résolutions de 2018, nous avons décidé à la FFDA de consacrer chaque mois une interview d’un des adhérent de l’association. Pour cette première interview du mois de 2018, c’est Laurent Queffelec qui nous fait l’honneur de répondre à nos questions. Si vous souhaitez participer à ces interviews, vous pouvez nous contacter via le forum aquaponie ou la page contact.

 

Pierre H : Laurent, tu fais partie des premiers adhérents de la fédération et tu joues un rôle important dans son développement depuis un moment déjà. Nous te connaissons au sein de la fédération pour tes bonnes idées mais également parce que tu portes le projet Ferme Aquaponique Du Cotentin avec ta femme Stéphanie.

Pour commencer, peux-tu te présenter à nos lecteurs et nous dire ce qui t’as donné envie de rejoindre la fédération?

 

Laurent Queffelec : Il me semble important d’avoir une structure représentative de notre domaine d’activités. La FFDA pourra être un interlocuteur auprès des pouvoirs publics et du législateur, représenter ses adhérents sur des salons, éventuellement collecter des informations techniques auprès de ses adhérents pour améliorer nos pratiques culturales. Elle pourrait aussi être un point d’information pour tous les porteurs de projets en aquaponie, ça dépendra beaucoup de ce que ses adhérents décideront. Mais dans tous les cas, je voulais en être.

 

Pierre H : Pourrais-tu nous en dire plus sur ton projet de reconversion en maraîchage aquaponique?

Laurent Queffelec : Après un début de carrière en aquaculture comme directeur d’exploitation, dans la caraïbe et en Nouvelle Calédonie essentiellement, est venu le temps où mes enfants devaient faire des études supérieures et où l’éloignement de nos familles devenait problématique.

Je souhaitais reprendre une ferme piscicole en bio, mais je n’en ai pas trouvé. Ma femme (cuisinier de profession) et moi sommes sensibles à la qualité des produits que nous consommons, et l’aquaponie est apparue comme la meilleure manière de conjuguer le mieux manger et mon expérience professionnelle. Nous souhaitions nous installer dans la Manche, à proximité de nos familles, et développer une structure dont la taille permettrait de subvenir à nos besoins en terme de rémunération. Notre projet s’est construit sur des objectifs de réduction des consommations d’eau potable et d’énergie, avec le choix d’une distribution très locale pour diminuer les transports.

Nous allons donc nous installer sur une parcelle en limite de la ville de Cherbourg-en-Cotentin, sous 1400m² de serre multichapelle, avec l’objectif de produire rapidement 3 à 4 tonnes de poissons et 12 à 15 tonnes de végétaux par an.

Simulation d’implantation sur le terrain choisi.

 

Pierre H : Qu’est-ce qui vous motive le plus dans cette démarche?

Laurent Queffelec : En premier lieu nous souhaitons produire des aliments sains et disponibles en qualité ultra frais pour l’agglomération cherbourgeoise. Ensuite, nous sommes très intéressés par la possibilité qui nous sera donnée de partager le mode de production avec nos clients et visiteurs, dans le but d’inciter plus de porteurs de projets à se lancer dans ce domaine, et afin de donner une image positive de ce mode de production aux consommateurs. Bien sûr, le fait d’être indépendants dans la gestion de notre activité est également un point important, même si nous sommes conscients des risques liés à l’aspect innovant de notre démarche.

Pierre H : Quelles sont vos ambitions et objectifs pour l’année qui débute?

Laurent Queffelec : Cette année devrait voir la construction de notre site de production, probablement en plusieurs tranches à mesure que notre clientèle augmentera et que nous prendrons nos marques dans l’organisation. J’espère que cette première année nous permettra d’identifier nos différents segments de clientèles, et de faire des choix dans la gamme de produits à mettre en culture. J’espère également que nous susciterons de la curiosité, ce qui nous permettra de mieux faire connaître l’aquaponie autour de nous.

Pierre H : As-tu déjà choisi les espèces et végétaux que vous allez élever et cultiver?

Laurent Queffelec : Pour ce qui est des poissons, nous allons commencer avec de la truite arc-en-ciel dont les alevins sont faciles à se procurer, et que nous pourrons proposer aux clients qui viendront prendre des légumes. Il est probable que les températures estivales nous obligent à changer d’espèce, car je ne souhaite pas utiliser d’énergie pour refroidir l’eau. J’hésite encore entre des poissons de bassins (carpes principalement) ou des espèces d’aquariophilie si une demande existe. Si les températures le permettent, j’aimerais beaucoup essayer un élevage de crevettes d’eau douce, pour la consommation.

Pour la partie culture, nous souhaitons avoir une large gamme d’aromatiques, y compris des variétés insolites. Salades, épinards, blettes, choux de toutes sortes, tomates, courgettes, cornichons, aubergines, poivrons et piments, oignons blancs, betteraves, fraises, ce mode de production permet d’essayer de nombreuses variétés en petites quantités, nous allons en profiter. Nous souhaitons également proposer des « microgreens » ou jeunes pousses qui sont très intéressantes du point de vue nutritif.

Photos prises par Laurent à la ferme Les Sourciers.

Pierre H : Quelles méthodes de cultures avez-vous choisi pour cette première année en maraîchage?

Laurent Queffelec : Nous allons principalement cultiver selon la méthode dite DWC (deep water culture), la culture sur raft. La structure est la moins onéreuse par m² et bien adaptée à de nombreuses variétés. Toutefois, afin de pouvoir comparer (et également à but pédagogique) nous aurons quelques tables à marées, des cultures NFT (nutrient film technique) en horizontal et en vertical (tours Origamyk). Pour des raisons de sobriété énergétique, nous n’envisageons ni chauffage, ni refroidissement, ni éclairage horticole dans la serre (sauf tables de semis).

 

Pierre H : Comment vois-tu l’avenir de l’aquaponie en France et en Europe à moyen et long terme?

Laurent Queffelec : A moyen terme, je pense que le nombre de projets et de réalisations va augmenter, grâce à l’exemple des premières réussites qui faciliteront l’accès aux financements, et j’espère que les données techniques de culture et d’élevage seront aussi plus disponibles pour les porteurs de projets. Je pense que certains consommateurs prendront conscience qu’il vaut mieux se fournir en produits locaux d’aquaponie qu’en produits bio ayant parcouru des milliers de kilomètres en camion. Ces éléments pourraient permettre la naissance de nombreuses fermes en aquaponie, urbaines ou périurbaines.

A long terme, je crains que les lobby de l’agro-industrie et de la grande distribution internationale nous cantonnent à des marchés de niche, très qualitatifs et suffisamment rémunérateurs. C’est triste à dire, mais la malbouffe a encore de beaux jours devant elle…

 

Pierre H : Quels conseils pourrais-tu donner aux personnes qui aimeraient monter un projet similaire au tien?

Laurent Queffelec : En premier lieu, commencer par un petit système de type démonstrateur à la maison, afin de commencer à « sentir » ce qui se passe dans un système en symbiose. Ensuite, bien réfléchir au type de clientèle visée (particuliers sur place ou en AMAP, marchés, restauration collective ou commerciale, distributeurs de détail) et valider par une étude de marché que les produits trouveront preneur, ce qui permettra aussi d’identifier les produits les plus recherchés. Ce sont ces éléments qui permettront de faire les meilleurs choix techniques et de définir la taille de la ferme à construire.

Dans mon cas, j’ai passé beaucoup de temps à identifier le bon terrain, c’est un paramètre à ne pas négliger en fonction des choix de clientèle. Pour de la vente directe, il faut de préférence être dans une zone suffisamment peuplée, et idéalement sur un axe de passage assez fréquenté.

Pierre H : Souhaiterais-tu ajouter quelque chose ? Une astuce de cultivateur à partager?

Laurent Queffelec : Une astuce d’aquaculteur plutôt, c’est là que je me sens le plus légitime: dès qu’un problème apparaît au niveau des poissons, il faut en premier lieu arrêter de nourrir, car les poissons peuvent jeûner plusieurs jours sans problème, en revanche un nourrissage trop important conduit systématiquement à de gros soucis…

Et puis te remercier pour le temps et l’énergie que tu as consacrés à faire connaître l’aquaponie en France, par tes différents sites et tes vidéos.

 

Pierre H : Merci Laurent pour cette présentation qui permettra sans doute à d’autres d’emboîter le pas de ce développement aquaponique à l’échelle commerciale et professionnelle.

J’invite également les lecteurs du site à aller plus loin en visitant ton site et ta page Facebook :

Site web : http://www.fermeaquaponiquecotentin.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/fermeaquaponiquecotentin/

 

A bientôt, bonnes cultures à toutes et à tous!

 

Pierre H.

A propos de l'auteur :

Passionné d'aquaponie et de permaculture, j'apporte ma petite pierre à l'édifice en menant diverses activités de promoteur de l'aquaponie en France.

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